Avec l'aimable autorisation d'Api'Nature
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Une mémoire
tellement infaillible qu’elle en devient gênante par Ambroise |

Les butineuses repèrent la
position de leur ruche dans la nature dès leur première sortie ; c’est ce que
fait aussi la jeune reine vierge : avant de partir pour son vol nuptial elle
exécute toujours une séance de repérage afin de retrouver facilement son logis.
Quand des ruches sont très rapprochées et les aires d’atterrissage très
voisines, jamais les butineuses ne se trompent malgré la grande similitude des
ruches. Les abeilles ont-elles une excellente
vue ? Il ne semble pas que ce soit le cas ; si nous déplaçons même faiblement
une ruche après le départ de quelques butineuses, nous les voyons revenir à
l’endroit précis où se trouvait initialement la ruche : c’est après quelques
tâtonnements qu’elles retrouvent leur habitation. Le souvenir de la position de
la ruche resterait ainsi profondément ancré chez l’abeille douée d’une mémoire
prodigieuse. Si, à la fin de l’hiver, nous déplaçons de quelques mètres
seulement une ruche, les vieilles ouvrières qui ont passé la mauvaise saison
sans sortir se trouvent perdues au cours de leur premier vol : elles reviennent
obstinément à l’endroit initial et devront réajuster leur souvenir. Voilà un
exemple où pour fois une trop bonne mémoire s’avère bien gênante ! A cette
extraordinaire mémoire , les abeilles joignent comme les fourmis une étonnante
faculté de s’orienter par rapport au soleil : quand elles quittent leur
domicile, elles reçoivent les rayons du soleil sur un œil et sous un certain
angle par rapport à leur corps ; elles s’arrangent au retour pour que ce soit
l’autre œil qu’il reçoive la lumière solaire et sous la même incidence qu’à
l’aller.
Sans vouloir négliger le rôle des antennes chez les abeilles n’oublions pas non
plus les langages d’ordre auditif ou olfactif. Nous savons en particulier qu’une
abeille malencontreusement coincée émet un son aigu en même temps qu’elles sort
son dard pour se défendre. Alertées et excitées par l’odeur du venin, ses
compagnes volent à son secours et attaquent le responsable du drame. Le langage
olfactif joue aussi un rôle appréciable au moment où les ouvrières font
effectuer à leurs jeunes sœurs des vols de reconnaissance. S’arc-boutant sur la
planche d’envol les butineuses « chevronnées » se tiennent la tête en bas et
entrebâillent les derniers anneaux de leur abdomen. De cette manière elles à des
glandes spéciales de libérer leur sécrétion : en battant des ailes
vigoureusement elles volatilisent dans l’atmosphère le « message odoriférant »
qui permet aux jeunes butineuses de retrouver leur logis. C’est cette manœuvre
que les apiculteurs désignent quand ils disent que les abeilles « battent le
rappel ». De tels langages rappellent étrangement ceux des fournis ; nous
insisterons davantage sur une manière de « s’exprimer » beaucoup plus originale
et spécifique aux abeilles : nous voulons parler de leurs danses.
Ambroise