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L'apiculture française en pleine déprime
Patrice COSTA - L'Est Républicain - 16/01/2003
Les apiculteurs lancent une campagne nationale sur les autres méfaits des insecticides tueurs d'abeilles.
D'un côté du front, 80.000 apiculteurs, dont 2 à 3 % sont professionnels, de l'autre, le bloc des firmes phytosanitaires allié à la toute-puissante filière du maïs. Un combat âpre, pathétique, presque inégal entre ceux qui bonifient la production de petites ouvrières de la nature et ceux dont la principale et très juteuse préoccupation est d'aseptiser cette même nature. En arbitre de ce vieux conflit, des pouvoirs publics qui s'empêtrent dans leur contradictions ou se retranchent derrière une inertie de circonstance.
Dimanche dernier, les bergers des abeilles ont manifesté devant la mairie de Chasseneuil-du-Poitou où le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a exercé les fonctions de conseiller municipal. Un appel au secours symbolique pour que l'Etat intervienne afin que cesse l'hécatombe provoquée par les "bioterroristes" que sont les multinationales des pesticides et autres insecticides. "Nous sommes arrivés au seuil critique", confie Henri Clément, vice-président de l'Union nationale de l'apiculture française
(UNAF), "chaque année au printemps entre 300 et 400.000 ruches sont décimées. De plus en plus d'exploitants arrêtent leur activité, car ils en ont assez d'acheter des essaims pour remplacer les pertes". Effet boule de
neige, ce phénomène se traduit par une dégringolade de la production nationale : de 40.000 tonnes de miel au début des années 1990, celle-ci atteignait à peine 25.000 tonnes en 2001. Une situation qui profite aux miels d'importation, notamment issus de pays d'Amérique du sud ou d'Europe centrale, car la demande n'a jamais été aussi florissante.
Plusieurs coupables
Dans ce contexte, les apiculteurs en ont assez d'être ballottés au gré des études ou analyses scientifiques diligentées pour décortiquer un problème pourtant limpide : les territoires où règne la grande culture céréalière abondamment traitée aux pesticides se transforment très rapidement en pièges mortels pour hyménoptères. Elément nouveau : l'ennemi n'est plus seulement le célèbre Gaucho. La très sérieuse Commission des toxiques vient de le découvrir en indiquant que "l'évaluation réalisée ne permet pas de démontrer que le traitement de la semence de maïs par la préparation Gaucho puisse être le seul responsable de l'ensemble des dépopulations de ruches". En 1999, les apiculteurs de
l'UNAF avaient obtenu de Jean Glavany, ministre de l'Agriculture de Jospin, la suspension sur le tournesol de ce neurotoxique foudroyant conçu et distribué par le géant allemand Bayer. Depuis, ils réclamaient la même décision sur les autres cultures et notamment sur le maïs "car sa production est en pleine expansion en France", ajoute Jean-Marie Sirvins, président de l'UNAF. Invité par le Conseil d'Etat pour trancher sur cette question explosive avant le 23 janvier, le ministère de l'Agriculture devrait se prononcer en début de semaine prochaine.
La santé humaine menacée ?
"Le ministre Hervé Gaymard doit nous recevoir ce vendredi à 15 h, poursuit Sirvins, nous profiterons de la rencontre pour lui demander qu'elles ont été les conditions exactes d'homologation du Régent". Car dans ce marché financièrement très porteur, un insecticide chasse l'autre. Le Gaucho suspendu sur le tournesol ? la parade s'appelle Régent ou fipronil, autre tambouille chimique d'enrobage des semences dont les effets sur les butineuses "sont identiques au Gaucho", affirme le patron de
l'UNAF. Le syndicat va donc déposer une énième plainte contre X pour interdire ce nouveau tueur, peut-être l'un "des autres responsables" soupçonnés par la Commission des toxiques. "L'avis de cette Commission écarte nécessairement la notion d'innocuité du produit qui figure en toute lettre dans l'arrêt du Conseil d'Etat sur le Gaucho", souligne Hervé Clément, "en outre, tous ces produits d'enrobage sont contraire au principe d'agriculture raisonnée", la formule emphatique inventée pour amortir la mauvaise publicité liée à la vache folle et autres crises alimentaires de ces dernières années. Sirvins va même plus loin : "Une récente étude scientifique aux Etats-Unis a démontré que la nappe phréatique de ce pays était polluée au Gaucho à des doses supérieures aux doses admissibles en France. Nous allons alerter tous les Français pour qu'ils sachent qu'au-delà de l'abeille, l'épandage de tels poisons se retrouvent dans l'eau que nous buvons, dans l'air que nous respirons et dans la nourriture que nous consommons".
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