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France |
| Le miel se prend une dégelée royale |
Consommation. Les ruches de la région
disparaissent en masse. Les abeilles sont décimées par millions.
Résultat : la récolte de miel diminue chaque année un peu plus.
Entre les apiculteurs et
les abeilles, la lune de miel tourne au vinaigre. Depuis quelques années, la
France, région Rhône-Alpes comprise, enregistre une baisse significative de sa
production de miel. Aujourd’hui, le miel se fait de plus en plus rare, faute aux
pesticides et au surpâturage excessif. Alors que débute la récolte de printemps,
les apiculteurs ont le bourdon et lancent un appel de détresse. Pourtant, depuis
quelques jours, des centaines de millions de butineuses noires à rayures brun
orangé ont pris leurs ailes à leur cou et papillonnent à travers les champs, les
vergers, les forêts et les prairies de la région avec un seul objectif en tête :
ramener le plus de nectar possible. Tournesol et colza dans la plaine de l’Ain
et de l’Isère, lavande dans la Drôme, acacia dans le Revermont et la vallée du
Rhône, sapins dans le Jura, le Pilat, la Haute-Loire et les deux Savoies,
châtaignier en Ardèche… Comme pour le vin, Rhône-Alpes a ses appellations
régionales et ses crus. On ne compte ainsi pas moins de sept variétés de miel
allant du brun lumineux au jaune doré, du liquide au crémeux, du malté au plus
amer. Soit, 3 000 tonnes de miel produites par an, l’équivalent de 10 % de la
production française. Rhône-Alpes se classe numéro 1 en France, tous miels
confondus, et on y recense le plus d’apiculteurs déclarés (250 professionnels et
10 000 à 15 000 amateurs). D’ici quelques semaines, une grande majorité d’entre
eux récolteront les premières miellées de printemps. Un millésime 2004 que les
gourmets attendent avec impatience. Mais qu’ils paieront certainement plus cher
encore qu’au printemps dernier. Le prix du kilo de miel ne cesse de flamber. En
deux ans, il a augmenté, en moyenne, de 10 %, avec une envolée pour le miel de
lavande, réputé pour être l’un des meilleurs et qui se monnaie aujourd’hui aux
alentours de 16 euros le kilo. “Le prix de la lavande atteint des sommets parce
qu’il y en a plus, tout simplement”, explique, dépitée, Marie-France Roux,
apicultrice professionnelle depuis vingt ans à Nantoin, petit village d’Isère.

Le prix du kilo de miel ne cesse de flamber.
En deux ans, il a augmenté, en moyenne, de 10 %.
À terme, les variétés de
miel vont progressivement disparaître
Une situation qui risque de devenir dramatique pour l’apiculture et promet de
faire passer les gros pots de miel de nos grands-mères pour de véritables
produits de luxe. Le miel de lavande n’est pas la seule variété à se faire de
plus en plus rare. C’est aussi le cas du miel de tournesol. “D’ici quelques
années, ce ne sera plus qu’un agréable souvenir”, prédit Marie-France Roux.
Pierre Fontaine, un de ses confrères, bien placé lui aussi pour en parler,
puisque présidant le Syndicat des apiculteurs professionnels de Rhône-Alpes,
témoigne : “Avant 1995, je faisais du miel de tournesol à raison de 20 à 30 kg
par ruche. Il y a deux ans, je n’en ai récolté que 7 kg. Du coup, maintenant, je
n’y vais plus.” Idem pour le miel de montagne, véritable cocktail de plantes
sauvages. En clair, il n’y a plus une fleur en montagne. Seulement de verts
pâturages offerts aux troupeaux. Décourageant quand on sait qu’il faut entre 500
000 et 800 000 fleurs aux abeilles pour produire un kilo de miel. “Quand il y a
du vert, du jaune, du bleu, du rouge… tout va bien. Quand il n’y a plus que du
vert, c’est un peu plus emmerdant ! fulmine Alain Lapperousaz, apiculteur à
Pilly-le-Veloux (Haute-Savoie). Les ruches que vous déposez au printemps
périssent naturellement en été car les abeilles meurent de faim. Elles n’ont
plus rien à manger. Cet hiver, j’ai perdu 200 ruches… la moitié de mon cheptel.
Je suis donc obligé de me diversifier. Je me mets désormais à la fabrication
d’hydromel * et de gelée royale * que je n’utilisais pas auparavant.”
disparition progressive de la biodiversité au profit de pratiques de cultures
agricoles intensives et du surpâturage, contamination des abeilles par les
pesticides – Gaucho et Regent TS, dont les stocks s’écoulent toujours, en
première ligne… le miel n’a pas de beaux jours devant lui. La transhumance à
temps plein est donc devenue une étape vitale pour les apiculteurs, s’ils
veulent récolter du miel en quantité suffisante. Chaque année, ils parcourent en
moyenne 25 000 kilomètres à travers la région **. Les ruches sont transportées
en camion, de nuit, quand toutes les abeilles sont rentrées, de campagnes en
campagnes, selon la floraison des plantes. Mais aussi et surtout pour trouver
les bons emplacements naturels qui ne soient plus un jeu de roulette russe pour
les abeilles butineuses. “Les coins où l’on fait du miel, c’est comme pour les
morilles, ça ne se dit pas”, avoue Alain Laperrousaz. Le miel, future morille de
nos tartines ? À l’évidence, oui.
Guillaume Lamy
* L’hydromel, “la boisson
des dieux”, est un mélange d’eau et de miel, fermenté à l’aide de levures
alcooliques. La gelée royale est une substance ultra énergétique sécrétée par
les abeilles ouvrières pour nourrir la reine.
** Chiffres de l’Adara (Association pour le développement de l’apiculture
rhônalpine)
Rhône-Alpes, n° 1 du miel :
200 à 250 apiculteurs professionnels (+ de 200 ruches)
10 000 à 15 000 apiculteurs de loisirs (entre 1 et 200 ruches). Soit 17 % du
nombre d’apiculteurs français
210 000 ruches, soit 14 % du cheptel français.
4 milliards à 16 milliards d’abeilles (selon la saison) en ruches.
Rhône-Alpes récolte 3 000 tonnes de miel par an, soit 10 % de la production
française.
7 variétés de miel sont produites : le miel de tournesol, le miel de sapin, le
miel d’acacia, le miel de montagne, le miel toutes fleurs, le miel de
châtaignier et le miel de lavandes.
La consommation moyenne de miel en Rhône-Alpes est de 0,5 kg/an/habitant.
Insolite, le miel dopant sexuel :
Panne sexuelle ? Libido en chute ? Exploits physiques au rabais ? Outre ses
multiples propriétés thérapeutiques (digestive, antianémiante, reminéralisante,
antiseptique, antispasmodique…), le miel vous aidera à retrouver votre vigueur
d’antan. Le site www.docteur-nature.com recommande d’ailleurs de boire
régulièrement une préparation spéciale à base de miel. Il suffit de mélanger une
demi-douzaine de jaunes d’œufs dans 500 grammes de miel (de romarin de
préférence) dans un pot en verre et le tour est joué. Laissez au réfrigérateur
et prenez, de temps en temps, une cuillère à soupe. Vous deviendrez aussi
performant que Tom Cruise dans Magnolia ! C’est dire…