France
Le miel se prend une dégelée royale

Consommation. Les ruches de la région disparaissent en masse. Les abeilles sont décimées par millions.
Résultat : la récolte de miel diminue chaque année un peu plus.

12/05/2004

Entre les apiculteurs et les abeilles, la lune de miel tourne au vinaigre. Depuis quelques années, la France, région Rhône-Alpes comprise, enregistre une baisse significative de sa production de miel. Aujourd’hui, le miel se fait de plus en plus rare, faute aux pesticides et au surpâturage excessif. Alors que débute la récolte de printemps, les apiculteurs ont le bourdon et lancent un appel de détresse. Pourtant, depuis quelques jours, des centaines de millions de butineuses noires à rayures brun orangé ont pris leurs ailes à leur cou et papillonnent à travers les champs, les vergers, les forêts et les prairies de la région avec un seul objectif en tête : ramener le plus de nectar possible. Tournesol et colza dans la plaine de l’Ain et de l’Isère, lavande dans la Drôme, acacia dans le Revermont et la vallée du Rhône, sapins dans le Jura, le Pilat, la Haute-Loire et les deux Savoies, châtaignier en Ardèche… Comme pour le vin, Rhône-Alpes a ses appellations régionales et ses crus. On ne compte ainsi pas moins de sept variétés de miel allant du brun lumineux au jaune doré, du liquide au crémeux, du malté au plus amer. Soit, 3 000 tonnes de miel produites par an, l’équivalent de 10 % de la production française. Rhône-Alpes se classe numéro 1 en France, tous miels confondus, et on y recense le plus d’apiculteurs déclarés (250 professionnels et 10 000 à 15 000 amateurs). D’ici quelques semaines, une grande majorité d’entre eux récolteront les premières miellées de printemps. Un millésime 2004 que les gourmets attendent avec impatience. Mais qu’ils paieront certainement plus cher encore qu’au printemps dernier. Le prix du kilo de miel ne cesse de flamber. En deux ans, il a augmenté, en moyenne, de 10 %, avec une envolée pour le miel de lavande, réputé pour être l’un des meilleurs et qui se monnaie aujourd’hui aux alentours de 16 euros le kilo. “Le prix de la lavande atteint des sommets parce qu’il y en a plus, tout simplement”, explique, dépitée, Marie-France Roux, apicultrice professionnelle depuis vingt ans à Nantoin, petit village d’Isère.


Le prix du kilo de miel ne cesse de flamber.
En deux ans, il a augmenté, en moyenne, de 10 %.

À terme, les variétés de miel vont progressivement disparaître

Une situation qui risque de devenir dramatique pour l’apiculture et promet de faire passer les gros pots de miel de nos grands-mères pour de véritables produits de luxe. Le miel de lavande n’est pas la seule variété à se faire de plus en plus rare. C’est aussi le cas du miel de tournesol. “D’ici quelques années, ce ne sera plus qu’un agréable souvenir”, prédit Marie-France Roux. Pierre Fontaine, un de ses confrères, bien placé lui aussi pour en parler, puisque présidant le Syndicat des apiculteurs professionnels de Rhône-Alpes, témoigne : “Avant 1995, je faisais du miel de tournesol à raison de 20 à 30 kg par ruche. Il y a deux ans, je n’en ai récolté que 7 kg. Du coup, maintenant, je n’y vais plus.” Idem pour le miel de montagne, véritable cocktail de plantes sauvages. En clair, il n’y a plus une fleur en montagne. Seulement de verts pâturages offerts aux troupeaux. Décourageant quand on sait qu’il faut entre 500 000 et 800 000 fleurs aux abeilles pour produire un kilo de miel. “Quand il y a du vert, du jaune, du bleu, du rouge… tout va bien. Quand il n’y a plus que du vert, c’est un peu plus emmerdant ! fulmine Alain Lapperousaz, apiculteur à Pilly-le-Veloux (Haute-Savoie). Les ruches que vous déposez au printemps périssent naturellement en été car les abeilles meurent de faim. Elles n’ont plus rien à manger. Cet hiver, j’ai perdu 200 ruches… la moitié de mon cheptel. Je suis donc obligé de me diversifier. Je me mets désormais à la fabrication d’hydromel * et de gelée royale * que je n’utilisais pas auparavant.” disparition progressive de la biodiversité au profit de pratiques de cultures agricoles intensives et du surpâturage, contamination des abeilles par les pesticides – Gaucho et Regent TS, dont les stocks s’écoulent toujours, en première ligne… le miel n’a pas de beaux jours devant lui. La transhumance à temps plein est donc devenue une étape vitale pour les apiculteurs, s’ils veulent récolter du miel en quantité suffisante. Chaque année, ils parcourent en moyenne 25 000 kilomètres à travers la région **. Les ruches sont transportées en camion, de nuit, quand toutes les abeilles sont rentrées, de campagnes en campagnes, selon la floraison des plantes. Mais aussi et surtout pour trouver les bons emplacements naturels qui ne soient plus un jeu de roulette russe pour les abeilles butineuses. “Les coins où l’on fait du miel, c’est comme pour les morilles, ça ne se dit pas”, avoue Alain Laperrousaz. Le miel, future morille de nos tartines ? À l’évidence, oui.

Guillaume Lamy

* L’hydromel, “la boisson des dieux”, est un mélange d’eau et de miel, fermenté à l’aide de levures alcooliques. La gelée royale est une substance ultra énergétique sécrétée par les abeilles ouvrières pour nourrir la reine.

** Chiffres de l’Adara (Association pour le développement de l’apiculture rhônalpine)


Rhône-Alpes, n° 1 du miel :

200 à 250 apiculteurs professionnels (+ de 200 ruches)
10 000 à 15 000 apiculteurs de loisirs (entre 1 et 200 ruches). Soit 17 % du nombre d’apiculteurs français
210 000 ruches, soit 14 % du cheptel français.
4 milliards à 16 milliards d’abeilles (selon la saison) en ruches.
Rhône-Alpes récolte 3 000 tonnes de miel par an, soit 10 % de la production française.
7 variétés de miel sont produites : le miel de tournesol, le miel de sapin, le miel d’acacia, le miel de montagne, le miel toutes fleurs, le miel de châtaignier et le miel de lavandes.
La consommation moyenne de miel en Rhône-Alpes est de 0,5 kg/an/habitant.


Insolite, le miel dopant sexuel :

Panne sexuelle ? Libido en chute ? Exploits physiques au rabais ? Outre ses multiples propriétés thérapeutiques (digestive, antianémiante, reminéralisante, antiseptique, antispasmodique…), le miel vous aidera à retrouver votre vigueur d’antan. Le site www.docteur-nature.com recommande d’ailleurs de boire régulièrement une préparation spéciale à base de miel. Il suffit de mélanger une demi-douzaine de jaunes d’œufs dans 500 grammes de miel (de romarin de préférence) dans un pot en verre et le tour est joué. Laissez au réfrigérateur et prenez, de temps en temps, une cuillère à soupe. Vous deviendrez aussi performant que Tom Cruise dans Magnolia ! C’est dire…