Commentaires de LA COORDINATION DES APICULTEURS DE FRANCE, au sujet de la décision de Jean GLAVANY, concernant le "GAUCHO"
Mots-clefs
|
GAUCHO : la formulation traitant la semence de grandes cultures (tournesol, maïs, bette-raves et céréales à paille) avec la substance active imidaclopride (BAYER), insecticide très systémique et anormalement persistant. |
|
|
Le comité d'homologation des produits antiparasitaires à usage agricole - Comité d'Homo-logation -: examine notamment les demandes d'homologation et fait au ministre de l'agriculture des propositions sur les suites à y donner. |
|
|
La commission d'étude de la toxicité des produits antiparasitaires à usage agricole et des produits assimilés - Commission des Toxiques (aussi : Com.Tox.) - : examine les risques de la toxicité de ces produits à l'égard de l'homme et de l'animal, ainsi que les dangers de leur dispersion dans l'environnement. |
Abréviations
|
SdPV / DGAl / MAP : la Sous-Direction de la Protection des Végétaux / dépendant de la Direction-Générale de l'Alimentation / dépendant du Ministère de l'Agriculture et de la Pêche |
|
|
ppb. : parts par millard. |
La lecture du communiqué de presse " GAUCHO " (
ANNEXE 1a. ) préparé par le Comité d'Homologation (11 janvier 2001) et entériné par Jean Glavany, Ministre de l'Agriculture et de la Pêche, suscite parmi les apiculteurs français, un profond sentiment d'amertume :
|
Le renouvellement pour 2 ans de la suspension de GAUCHO sur tournesol avec en prime, |
|
|
En matière d'homologation des produits phytosanitaires, les notions de transparence et de |
Composé de représentants des Administrations de l'Agriculture, Economie, Industrie et de l'Environnement - ce
Comité d'Homologation, à l'exception notoire de l'Administration de l'Environnement qui demandait le retrait de tout usage de l'imidaclopride - a fait prévaloir les raisons d'ordre économique sur ceux d'ordre écologique. Il est vrai que BAYER aura brandi l'arme du chantage à l'emploi (BAYER-France compte certes 2950 effectifs, or l'apiculture française concerne quand-même aussi : 85000 personnes, dont 3000 au titre de (semi-) professionnel ).
Le Comité d'Homologation a amplement usé du flottement de l'avis scientifique, émis le 13 déc. 2000 par la Commission des Toxiques ( ANNEXE 1b ) pour relativiser l'impact sur l'abeille, du GAUCHO enrobant la semence de tournesol.
Constatons que sur un unique problème apicole, la Commission des Toxiques pour la troisième fois depuis décembre 1997, a opté pour un avis mitigé, indécis et fuyant.
Les apiculteurs expliquent cette impertinence de la Com.Tox., en observant que :
Parmi les 50 membres - experts de cette Commission, AUCUN n'est apidologiste, et n' a donc la capacité de juger de façon pertinente d'un problème d'abeilles.
BAYER s'est permis de TRICHER en présentant à diverses reprises à la Commission des Toxiques, des résultats non-conformes à ceux des rapports originaux. Parfois aussi, BAYER s'improvise expérimentateur ès abeilles : les apiculteurs s'esclaffent, mais entretemps ... la Commission des Toxiques gobe.
Cette Commission s'est dotée d' un groupe de travail - le " Groupe Abeilles " -. Bien que ce " Groupe Abeilles " soit composé de la plupart des apidologistes français, il faut s'interroger sur le fait que JAMAIS , il n'aura été consulté par sa Commission de tutelle sur ce problème apicole.
Ensuite est-il pour le moins inattendu d'apprendre dans ce communiqué que :
" ( ... ) maintenant le problème (sera) pris à bras-le-corps ( ... ) " alors que depuis les premiers constats en 1994 (dans le Centre de la France, sur miellée de tournesol ), de variées et nombreuses études auront été entreprises :
|
par BAYER dès 1995, |
|
|
par des organisations professionnelles ainsi que par la recherche publique, dès 1998. |
Rappelons que le problème apicole se résumait à : ... la dépopulation subite et drastique, à des degrés divers, dans toutes les colonies d'abeilles engagées sur une miellée de cultures - le plus souvent sur la floraison con-comitante de tournesol/ maïs - et en absence de mortalités devant les ruches.
Les apiculteurs ont fait la synthèse de ces études dans un document ( ANNEXE 2 ) remis le 21 janvier 2001 au MAP : ni le Conseiller L. Evain, ni la Directrice C. Geslain-Lanéelle (DGAl) n'a souhaité répondre à la demande des apiculteurs d'être auditionnés, sur la base de ce document de synthèse, par une commission d'experts de son choix.
Ce refus d'admettre les apiculteurs dans un " débat apidologique ", est regrettable : en l'occurrence, tout se passe comme si la majorité des experts, appartenant aux commissions ou à certaines administrations, évitait de voir ébranlée leur lecture de l'expertise, en clair : de voir étalée une tendance à nier les évidences !
Autres exemples récents de cette frilosité :
|
Invitée à s'expliquer devant la Commission des Toxiques, le 13 déc. 2000, la Coordi-nation des Apiculteurs s'est entendue limiter son intervention par : " Vous ne témoignerez que de l'abeille. Le reste, c'est notre affaire et pas la vôtre " |
|
|
L'INRA projèterait de faire une réunion-bilan sur l'expertise scientifique GAUCHO. Tous les acteurs du dossier devraient y participer, y compris BAYER ainsi qu' un seul apiculteur. Cet apiculteur devra toutefois répondre à la seule condition de ne pas être un des signataires de la Coordination des Apiculteurs de France, considérée jusqu'ici par l'Administration, comme seule représentante des apiculteurs, sur le dossier. |
Les points forts de l'expertise : les raisons qui condamnent l'imidaclopride
Les résultats de diverses études multi-factorielles menées depuis 1995 par BAYER, depuis 1998 par les chercheurs du secteur (para-)public, sont cohérents : pour les apiculteurs, les preuves sont apportées que leurs colonies subissent - au moins déjà sur la floraison du tournesol -, une intoxication sévère et généralisée causée par l'imidaclopride enrobant les semences de grandes cultures.
A. La butineuse et le tournesol traité GAUCHO
|
L'imidaclopride est présent à tous les stades et dans toutes les parties de la plante de tournesol traitée GAUCHO, notamment dans ses secrétions butinées par l' abeille, que sont le nectar et le pollen ( 2 à 3 ppb.) ( Voir ANNEXE 2.: point 1. - p. 2 à 4 ) |
( pourtant BAYER soutenait jusqu'ici, que la persistance d'action ne dépassait pas 60 jours et que de toute manière, quelconque contact de l'abeille avec le produit véhiculé dans la plante pouvait être exclu )
|
L'imidaclopride a des effets biologiques néfastes pour l'abeille et sa colonie, par ingestion d'un sirop/ nectar contaminé par quelques ppb. du toxique. ( Voir ANNEXE 2 : point 2. - p. 5 à 8 ) |
( pourtant BAYER, soutenait encore à l'occasion du Congrès ANPP à Montpellier, janvier 1997, que les premiers effets de l'imidaclopride sur l'abeille ne se manifeste- raient qu'à partir d'une concentration de 5.000 ppb.)
Comme la butineuse de la fleur du tournesol traité, est au contact de concentrations d'imidaclopride ayant sur elle un impact préjudiciable, il ne peut être question de tolérer plus longuement, l'enrobage des semences de tournesol, par le GAUCHO.
La décision de reconduire pour 2 ans, la " suspension de GAUCHO / tournesol " n'est pas à la hauteur des connaissances acquises :
le retrait s'imposait dès lors qu'était mise en évidence la bio-disponibilité de l'imidaclopride à travers le pollen et le nectar.
( N.B.: quelques scientifiques constatant des effets délétères à quelques ppb. dans des manips de laboratoire, s'obstinent - et leurs publications en témoignent - à ne rien voir de tout cela sur le terrain. Ils annoncent dans la presse que " problablement le problème est plus complexe que la seule intoxication ", bien qu'ils semblent incapables d'argumenter leur " pressentiment ". Toutefois il faut noter qu'ils n'ont jamais daigné faire la moindre visite de terrain ou le moindre commentaire à propos de documents vidéographiques )
B. La persistance dans les sols : l'imidaclopride résiduel et sa présence dans les cultures non-traitées.
|
La persistance de l'imidaclopride dans les sols peut être importante au point qu'un tournesol non-traité de l'année N, implanté dans un sol n'ayant pas connu le GAUCHO depuis 3 ans, peut exprimer l'imidaclopride dans son pollen dès lors que ce sol aurait connu un traitement en année N - 4 ! ( Voir ANNEXE 2 : point 3.3.2.) |
Il est même établi que pour ce même historique de sol, le pollen du tournesol peut être contaminé à même niveau, qu'il soit issu de tournesol traité ou non de l'année N ! ( Voir ANNEXE 2 : points 1.3. et 3.3.2.)
Un sol peut garder en mémoire un traitement GAUCHO datant de 4 ans, voire plus, au point que le pollen d'un tournesol, non-traité et semé dans ce sol, exprime l'imi-daclopride : on imagine donc ainsi l'importance de " l'imidaclopride résiduel "
Dans la mesure où cet imidaclopride résiduel s'élabore, même à partir d'un seul traitement GAUCHO au cours des 3, 4 ... années précédentes et quelque soit la culture, il ne peut donc être question d'en maintenir quelconque usage.
|
Conscients de l'excessive stabilité de l'imidaclopride, BAYER et CETIOM se sont alors employés à vérifier s'il fallait craindre son accumulation dans les sols. ( Voir ANNEXE 2 : point 3.1.4 ) Avec un protocole très discutable - car il utilise la plante de tournesol comme traceur de l'imidaclopride, plutôt que sa mesure directe dans le sol -, on semble dire qu'un palier est atteint après 3 années de cultures GAUCHO successives. On calcule que si ce palier correspond à une teneur moyenne de 10 ppb. dans la couche supérieure 0 - 30 cm, cela signifie une charge à l'ha, de 50 grammes d'imidaclopride : c'est ce qu'un semis de tournesol traité, apporte nominalement (50 g/ ha) |
Des travaux entamés par BAYER dès 1992 ( Voir ANNEXE 2 : point 3.1.2.), illustrent que des conditions existent où l'accumulation se construit au-delà de 6 ans.
Tout le monde imaginait que l'imidaclopride respectait la Directive Européenne 91/ 414, applicable aux substances actives des produits phytosanitaires, et notamment au titre de son " comportement dans l'environnement " Or, non seulement le toxique ne se dégrade-t-il pas assez rapidement, également a-t-il tendance à s'accumuler, quoique puissent en dire CETIOM et BAYER.
A ce sujet, le communiqué de presse annonce que :
" Jean Glavany a décidé de saisir immédiatement la Commission des Toxiques, ( ) pour qu'elle se prononce aussi vite que possible (sa prochaine réunion se tient le 14 février)
sur la question des effets éventuels de la persistance dans le sol du GAUCHO, ... "
Il n'est pas clair si les effets pris en compte se limiteront à la seule question de l'imidaclo-pride résiduel à travers les floraisons visitées par l'abeille.
Il serait grave en effet si on éludait le problème de l'accumulation de l'imidaclopride dans l'environnement : les conséquences ne peuvent pas être anodines, connaissant :
d'une part, les usages multiples et très fréquents de l'imidaclopride,
d'autre part, les effets toxiques sur des organismes utiles non-cibles, à l'instar de ceux étudiés sur abeille, lombric, certaines espèces d'oiseaux, des prédateurs de nuisibles.
IMPORTANT ( Voir aussi : ANNEXE 3 )
L'autorisation de vente du GAUCHO a été concédée le 4 avril 1991 pour une durée de 10 ans. Il suffira au MAP qui veut éviter tout contentieux, de ne pas donner suite à la demande de BAYER, de proroger l'autorisation de vente au 4 avril 2001.
Une Administration de l'Agriculture, qui se hâte de temporiser.
Les apiculteurs, par la pertinence de leurs observations et de leurs analyses, ont permis de révéler l'imidaclopride comme un toxique prêtant à de graves conséquences. En outre, depuis 5 ans, ont-ils eu le courage de ne pas taire au grand public l'implication très probable d'un pesticide dans leur problème : il n'était pas exclu que le consommateur, sur cet énoncé, boude les produits de la ruche, de même qu'on pouvait craindre que nectar et pollen soient contaminés au point d'être impropres à la consommation.
Force est de constater que la reconnaissance qui aurait pu être signifiée aux apiculteurs, a été étouffée par l'incrédulité et l'incompréhension cultivée, venant notamment de l'Admi-nistration de l'Agriculture reponsable de la gestion des agropesticides. Cette Administration peut se montrer déloyale et indécente. Dernière exemple en date (2 févr.) : la publication par les services du Ministre, de chiffres de production issus de très particulières statistiques SCEES, afin d'inviter presse et lecteur à croire qu'il ne peut être question de production de miel moindre depuis 10 ans.
Dans l' ANNEXE 4, quelques graphiques/ tableaux illustrent que la production de miel de tournesol en l'espace de 5 ans, a chuté de 50 %.
Dans ce contexte de mépris, les apiculteurs rechignent à apporter leur soutien aux souhaits de cette Administration de faire des enquêtes de terrain " de grande envergure ", car :
Une étude multifactorielle ne s'impose aucunement, dans la mesure où déjà en 1998, une huitaine d'équipes de chercheurs du secteur public ont évalué pour un coût initial de 6.800 kF, l'incidence de tous les facteurs pouvant expliquer ou intervenir dans l'explication des " baisses de miellées de cultures d'été ". Le rapport de synthèse de ce vaste programme d'études à peine bouclé, BAYER clamait aussitôt que " les causes réelles doivent être recherchées, sans a priori ", en insistant vilement sur les aspects sanitaires : pourtant, dans le dit rapport, le paramètre " GAUCHO " se vérifiait comme unique suspect en lice.
L'Administration agit sous la pression de BAYER qui cherche à tout prix à desserrer l'étau autour de l'imidaclopride en focalisant sur " les maladies ", domaine plein d'embûches où on peut raisonnablement espérer " perdre son petit monde ".
Une enquête épidémiologique ne se justifie pas, d'autant moins que pareille enquête a déjà été faite dans la Région Poitou-Charentes par le CNEVA-Nice (désormais AFSSA / Unité Abeilles) en 1997-1998, sans avoir donné lieu à quelconque début de rapport, à ce jour ( coût : 950 kF ). Le Directeur de l'AFSSA- Nice a même averti qu'il n'y aurait jamais de rapport ! En outre, comment envisager sereinement une enquête épidémiologique, lorsque l'on sait l'environnement de l'abeille (du reste, comme celui de l'homme), suintant partout l'imidaclopride à des niveaux de " traces " mortelles pour elle : entretemps BAYER s'obstine à nous dénicher " l'agent " : un virus, un mycoplasme, à moins que ce ne soit un spiroplasme ou une bactérie qui ne sévirait que le temps, par exemple, de la floraison du tournesol.
L'imidaclopride, hors du contexte apicole.
Il faut craindre que l'abeille n'est pas le seul organisme non-cible à être agressé par l'imidaclopride : d'ailleurs plusieurs publications concluent qu'en matière de lutte intégrée, il y a généralement, incompatibilité totale entre l'imidaclopride et les insectes utiles.
Certaines petites espèces d'oiseaux sont menacées, car la consommation d'une seule semence traitée, signifie généralement leur mort. D'autres oiseaux plus grands, comme la perdrix, ont des habitudes de s'alimenter telles, que les effets toxiques " retardés " n'arrivent pas à temps pour les dissuader de continuer à déterrer des semences traitées.
Chaque jour, tous les français ont tout loisir de rentrer en contact avec
l'imidaclopride, tellement ses usages sont fréquents, tellement la molécule est stable. Les voies de contamination sont multiples, variées et pernicieuses :
|
Que ce soit par les aliments d'origine végétale (GAUCHO sur céréales à paille, maïs, tournesol, betteraves sucrières), ou ceux d'origine animale (présence dans viande, lait, oeufs, par le biais des cultures d'ensilage traitées GAUCHO ). |
|
|
Aux contacts des animaux de compagnie traitès ADVANTAGE, des plantes d'ornement traitées PROVADO ou POLYAXE, ou dans un habitat protégé au termiticide PREMISE. |
|
|
L'utilisation de CONFIDOR en arboriculture admet des résidus sur fruits à pépins, j.à. 300 ppb. Ses usages autorisés en jardinage familial, et ceux très nombreux, mais pas autorisés, en maraîchage et production de melons et de tabac, interpellent. |
Comment dans ces conditions d'emploi, ne pas craindre que l'imidaclopride, très toxique par ingestion pour les mammifères - et l'homme en est un - puisse avoir des effets indésirables sur le santé humaine.
Des apiculteurs d'autres pays, confrontés à des phénomènes de fontes de populations ou de comportement de butinage anormal, font la relation avec la présence de l'imidaclopride dans l'environnement de leur ruches : désormais, on s'en méfie comme de la peste, en Espagne, Italie, Portugal et Belgique. Au Canada et aux Etats-Unis, les récentes autorisations sur des cultures intéressant l'abeille, respectivement le canola et le maïs, inquiètent les apiculteurs. Il faut observer que la plupart de ces pays n'ont autorisé l'imidaclopride que 3-5 ans après la France : la contamination générale des sols, due à l'imidaclopride résiduel y est moindre.
CONCLUSION
Il n'y avait pas lieu de faire appel au " principe de précaution " pour reconduire la suspen-sion de GAUCHO sur tournesol, d'autant moins que les résultats scientifiques suffisaient à eux-mêmes pour le retirer définitivement. Les apiculteurs attendent de connaître l'avis de la Commission des Toxiques sur le " comportement de l'imidaclopride dans l'environnement " et les suites que le Comité d'Homologation voudra y donner.
On peut imaginer que les interrogations des apiculteurs, concernant le fipronil d'AVENTIS, n'invitent pas à faire tomber le rempart imidaclopride : les deux molécules sont en effet très comparables quant à leurs usages et leur profil écotoxicologique désastreux.
La " décision sur l'imidaclopride " était annoncée comme une décision politique : les apiculteurs sont donc très inquiets !