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Inakhito, l'Ibère artiste à la cire

Par Christian Fromm - Sud-Ouest 18 janvier 2006


punaise.gif (183 octets)Citoyen espagnol, Ignacio Guisasola est un artiste un peu en marge. Il utilise pour peindre des plantes et de la cire d'abeille.

Casquette de marin vissée sur le chef, la silhouette, ce dimanche-là, se tenait au bord du Rhin, apparemment insensible au soleil de plomb, indifférente au restaurant de la Piste du Rhin qui, à quelques jets de pierre, se voulait pourtant havre frais et désaltérant. Né à San Sébastian, au Pays Basque espagnol, Ignacio Guisasola a l'habitude des fortes chaleurs, il est vrai. Il lui arrive, de temps à autre, de venir installer son chevalet sur ce coin de berge rhénane sis à Village-Neuf pour y capter la ligne d'horizon, immortaliser l'écume du fleuve ou les facéties de la brise dans les ramures des grands arbres ourlant la berge allemande, de l'autre côté du Rhin. À propos de lui-même, Ignacio Guisasola dit dans un large sourire « Je suis un citoyen universel ». D'origine ibérique, donc, il vit en Allemagne, la patrie de son épouse Monika et dispose d'un atelier à Aesch en Suisse. Prochainement, du reste, le couple envisage de quitter l'Allemagne pour s'installer à demeure en Helvétie.

punaise.gif (183 octets)Une technique unique

Choisir un décor naturel, quelque part, pour lui chiper ses dégradés de couleurs et ses effets de lumière, est un peu la démarche adoptée par la plupart des artistes-peintres. À la différence près qu'Ignacio Guisasola se démarque singulièrement de ses confrères par une technique originale, inventée par lui et, qu'à l'heure actuelle, il est le seul à mettre en pratique. Il y a le matériel, d'abord, différent des outils conventionnels de l'artiste-peintre : ses toiles sont de simples feuilles de papier à gros grain, ses tubes de gouache ont la forme de très gros crayons gras. « C'est une peinture à base de cire d'abeilles et de plantes » explique l'artiste, son épouse précisant que cette singulière matière première est distribuée par une grande chaîne de commerces Outre-Rhin. Le fait de n'avoir pas à mixer les teintes, justement, a ainsi autorisé Ignacio, Inakhito de son nom d'artiste, de développer une technique originale et unique, lui permettant de peindre avec un minimum de six à huit couleurs, parfois plus, glissées entre les doigts. Et le procédé ne s'arrête pas nécessairement à l'usage d'une seule main.
Ça paraît simpliste, énoncé tout de go et quand Ignacio se met à barbouiller une toile (feuille de papier cartonné), sa main droite armée de huit teintes différentes, de prime abord, ça pourrait passer pour un aimable gribouillis d'enfant. Et puis, au fur et à mesure de l'avancement de l'oeuvre, paysage ou portrait, les traits confèrent à l'ensemble plusieurs dimensions un peu échevelées. On dirait alors une esquisse, dont quelqu'un aurait tenté de gommer les contours et se serait interrompu dans sa tâche.
Faire école

Ce procédé, qu'Ignacio Guisasola, émule de Van Gogh et de Rembrandt, a baptisé Lapisol, est à la portée du commun des mortels, estime l'artiste. Le plaisir ne valant que s'il est partagé par tous, le citoyen ibérique adorerait transmettre son art, en France aussi, pourquoi pas. Il songe notamment aux écoles, où, en principe, les élèves sont tous friands de dessins, aussi aux maisons de retraite. « Parce que cette façon de peindre est aussi une forme de relaxation » affirme-t-il. Qui sait, au-delà d'une nouvelle technique picturale, Inakhito vient peut-être de mettre le doigt sur un procédé thérapeutique insoupçonné...

Christian Fromm