
Citoyen
espagnol, Ignacio Guisasola est un artiste un peu en marge. Il utilise pour
peindre des plantes et de la cire d'abeille.
Casquette de marin vissée sur le chef, la silhouette, ce dimanche-là, se tenait
au bord du Rhin, apparemment insensible au soleil de plomb, indifférente au
restaurant de la Piste du Rhin qui, à quelques jets de pierre, se voulait
pourtant havre frais et désaltérant. Né à San Sébastian, au Pays Basque
espagnol, Ignacio Guisasola a l'habitude des fortes chaleurs, il est vrai. Il
lui arrive, de temps à autre, de venir installer son chevalet sur ce coin de
berge rhénane sis à Village-Neuf pour y capter la ligne d'horizon, immortaliser
l'écume du fleuve ou les facéties de la brise dans les ramures des grands arbres
ourlant la berge allemande, de l'autre côté du Rhin. À propos de lui-même,
Ignacio Guisasola dit dans un large sourire « Je suis un citoyen universel ».
D'origine ibérique, donc, il vit en Allemagne, la patrie de son épouse Monika et
dispose d'un atelier à Aesch en Suisse. Prochainement, du reste, le couple
envisage de quitter l'Allemagne pour s'installer à demeure en Helvétie.
Une
technique unique
Choisir un décor naturel, quelque part, pour lui chiper ses dégradés de couleurs
et ses effets de lumière, est un peu la démarche adoptée par la plupart des
artistes-peintres. À la différence près qu'Ignacio Guisasola se démarque
singulièrement de ses confrères par une technique originale, inventée par lui
et, qu'à l'heure actuelle, il est le seul à mettre en pratique. Il y a le
matériel, d'abord, différent des outils conventionnels de l'artiste-peintre :
ses toiles sont de simples feuilles de papier à gros grain, ses tubes de gouache
ont la forme de très gros crayons gras. « C'est une peinture à base de cire
d'abeilles et de plantes » explique l'artiste, son épouse précisant que cette
singulière matière première est distribuée par une grande chaîne de commerces
Outre-Rhin. Le fait de n'avoir pas à mixer les teintes, justement, a ainsi
autorisé Ignacio, Inakhito de son nom d'artiste, de développer une technique
originale et unique, lui permettant de peindre avec un minimum de six à huit
couleurs, parfois plus, glissées entre les doigts. Et le procédé ne s'arrête pas
nécessairement à l'usage d'une seule main. Ça paraît simpliste, énoncé tout de
go et quand Ignacio se met à barbouiller une toile (feuille de papier cartonné),
sa main droite armée de huit teintes différentes, de prime abord, ça pourrait
passer pour un aimable gribouillis d'enfant. Et puis, au fur et à mesure de
l'avancement de l'oeuvre, paysage ou portrait, les traits confèrent à l'ensemble
plusieurs dimensions un peu échevelées. On dirait alors une esquisse, dont
quelqu'un aurait tenté de gommer les contours et se serait interrompu dans sa
tâche.
Faire école
Ce procédé, qu'Ignacio Guisasola, émule de Van Gogh et de Rembrandt, a baptisé
Lapisol, est à la portée du commun des mortels, estime l'artiste. Le plaisir ne
valant que s'il est partagé par tous, le citoyen ibérique adorerait transmettre
son art, en France aussi, pourquoi pas. Il songe notamment aux écoles, où, en
principe, les élèves sont tous friands de dessins, aussi aux maisons de
retraite. « Parce que cette façon de peindre est aussi une forme de relaxation »
affirme-t-il. Qui sait, au-delà d'une nouvelle technique picturale, Inakhito
vient peut-être de mettre le doigt sur un procédé thérapeutique insoupçonné...
Christian Fromm