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France |
| Paroles d'experts Les abeilles butineuses assurent un service écologique par Christian Brodhag |
L'interdiction de six insecticides contenant du Fipronil qui mettent en péril la vie des abeilles vient enfin d'être décidée par le gouvernement. La controverse scientifique n'est pas tout à fait éteinte et les dispositions prises restent contestées dans un contexte assez politicien.
En
effet cette décision gouvernementale met un terme (provisoire ?) à un problème
soulevé depuis près de 8 ans et pour lequel aucun des gouvernements n'avait
apporté jusque-là de solution. Dans ma rubrique du 2 février j'avais évoqué les
relations entre qualité de l'environnement, santé et principe de précaution que
l'on retrouve dans ce dossier. Mais cette décision me permet de développer un
second aspect : l'importance de la protection des écosystèmes, pour eux-mêmes.
En effet notre civilisation urbaine, nous fait oublier à quel point nous
dépendons de la nature et de ses subtils équilibres que décrit la science
écologie.
En butinant d'une fleur à l'autre, les abeilles ne récoltent pas seulement le
nectar qui leur sert à fabriquer le miel, mais elles transportent le pollen et
permettent la reproduction des plantes [1]. Pour
produire 1 kg de miel, les abeilles doivent butiner plusieurs millions de
fleurs. Cinq grands groupes de plantes cultivées sont concernés par cette forme
de pollinisation [2] : les arbres fruitiers (pommier,
poirier, cerisier, kiwi, prunier, amandier, pêcher, châtaignier), les « petits
fruits » (fraisier, framboisier, cassissier, groseillier), les oléagineux
(tournesol et colza), les légumes (melon, tomate), les productions de graines et
semences (luzerne, trèfles violet et blanc…) et les semences légumières
(carotte, oignon, etc.). En 1982 on estimait déjà que la valeur économique de ce
service représentait en France environ 3 milliards de F, c'est-à-dire
l'équivalent des exportations françaises de cognac ou le tiers des exportations
annuelles de blé de l'époque.
La société Bernard Michaud, un producteur de miel qui vient d'adhérer au Pacte
Mondial a développé une charte combinant la production dans les pays du sud et
la pollinisation [3].
Les abeilles nous apportent donc un double service, le miel qui est un produit
commercial et un service indirect dans la production agricole et la vie des
écosystèmes, où elles jouent un rôle de sentinelle [4].
Quand les pollinisateurs rencontrent des problèmes, cela augure de problèmes
plus graves si on ne réagit pas rapidement. Ils servent de signal d'alarme
[5].
Les services indirects apportés par les écosystèmes sont qualifiés de « services
écologiques », ils contribuent directement au bien-être des humains. Les
écosystèmes de tous types, de par leur fonctionnement naturel, assurent
indirectement ces services écologiques aux sociétés humaines, services qui ne
sont pas évalués par les mécanismes économiques classiques du marché, mais dont
l'importance est considérable en termes économiques et sociaux. Ces services
incluent le maintien de la qualité de l'atmosphère et la régulation du climat,
le contrôle de la qualité de l'eau et du cycle hydrologique, et la formation et
le maintien de la fertilité des sols [6] tous éléments
qui nous procurent nourriture, médicaments, matières premières et beaucoup
d'autres biens et services dont nous avons besoin.
Les forêts fournissent du bois, purifient l'eau, préviennent l'érosion et les
inondations, tempèrent le climat, transforment les déchets en nutriments ou en
matières premières telles que le pétrole et le gaz, et stockent du carbone qui
autrement contribuerait à l'effet de serre.
Les milieux aquatiques et les zones humides jouent un rôle hydrologique
régulateur notamment dans l'atténuation des crues, et développent une formidable
capacité à dépolluer. La productivité primaire exceptionnelle des estuaires et
leur rôle essentiel dans le cycle de vie de nombreuses espèces de poissons
faisant l'objet d'une activité de pêche.
Les qualités esthétiques et culturelles des écosystèmes contribuent grandement à
l'attractivité touristique.
Selon l'Union européenne les experts estiment la valeur financière des biens et
services fournis par les écosystèmes à quelque 26.000 milliards d'euros par an,
soit près de deux fois la valeur de ce que produisent les humains chaque année
[7].
Se préoccuper de la biodiversité n'est donc pas un luxe mais un problème de
survie. Comme le note le sénateur Le Grand « des espaces riches de biodiversité
apportent des services considérables à l'homme, pas toujours perceptibles par le
citoyen. Ils permettent aussi de générer des activités économiques,
particulièrement dans les domaines pharmaceutiques ou touristiques, et de
contribuer ainsi à la lutte contre le déclin de certains territoires. »
[8] L'UICN considère, elle aussi, que la biodiversité et «
les services au niveau de l'écosystème » sont essentiels au niveau international
pour le développement durable et notamment l'éradication de la pauvreté
[9]. Entre 10.000 et 20.000 espèces de plantes sont
utilisées en médecine dans le monde. La régulation de ces problèmes pose trois
types de problèmes :
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la connaissance de la biodiversité et de ses services, qui impose de renforcer des recherches dans des domaines trop délaissés en France, |
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les mesures de protection à prendre dans lesquelles les pouvoirs publics ont un rôle à jouer mais aussi tous les citoyens selon les principes des droits et des devoirs que mettra en place la charte de l'environnement annexée à la Constitution |
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et enfin la répartition des coûts et des avantages qui repose sur des principes et des institutions qui tardent à se mettre en place au niveau international. |
Ces éléments étaient au cœur des débats de la Septième
réunion de la Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique
qui s'est tenue à Kuala Lumpur, en Malaisie, du 9 au 20 Février 2004
[10]. En France ils ont fait l'objet d'un rapport élaboré
au sein du Conseil National du Développement Durable avec l'UICN France
[11], et les éléments de la politique française ont été
arrêtés par le gouvernement dans la Stratégie nationale de biodiversité publiée,
elle aussi, en février [12].
Parmi les propositions il est notamment recommandé de changer la perception et
de reconnaître une véritable valeur au vivant, une valeur tant culturelle
qu'économique. Mais cette valeur doit être partagée comme un bien public, ce qui
implique de véritables régulations internationales, que les Etats et les
entreprises du secteur ne semblent pas prêts à accepter.
Christian Brodhag
www.brodhag.org
Ces phénomènes ont été admirablement vulgarisés par Jean-Marie Pelt notamment dans ses émissions, « l'aventure des plantes »
Impact des pesticides sur les Abeilles et les autres pollinisateurs par Jean-Noël Tasei, INRA, laboratoire de Zoologie, 86600 Lusignan, Un article de vulgarisation bien documenté
Quality charter "beekeeping in selected territories", Bernard Michaud, [Reference Global Compact http://www.unglobalcompact.org], Contact person Geneviève Franzoni email gfranzoni@lunedemiel.fr
Les abeilles, sentinelles de l'environnement ? Éditorial de A. Becker pour la revue l'Abeille de France du mois de Juin 1999, Description d'un expérience d'utilisation des abeilles pour le surveillance de l'environnement
La mort des abeilles, un "signal d'alarme" selon un scientifique, Entretien avec Jean-Marc Bonmatin, chimiste au CNRS d'Orléans, dans un entretien à l'AFP., Apiservices - Galerie Virtuelle Apicole
Perte de la diversité biologique : faits et chiffres, communiqué Union Européenne, Bruxelles, 9 février 2004
Rapport d'information par M. Jean-François le Grand (Sénateur), au nom de la commission des Affaires économiques et du Plan sur la mise en œuvre de la directive 92/43/CEE du 21 mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages (Natura 2000), N°23, Sénat, session ordinaire de 2003-2004
Message adressé par le Vème congrès mondial sur les parcs de l'UICN (8 au 17 septembre 2002) à Durban à la Convention sur la diversité biologique
Au nom du vivant, Contribution à la stratégie nationale pour la biodiversité, Comité Français UICN, Conseil National du Développement Durable, décembre 2003
Stratégie nationale pour la biodiversité, enjeux, finalités, orientations, février 2004